Article issu du Magazine Avenir et Santé – David Boyer, Idel à Pont-Sainte-Maxence (60)
« C’est un fait: ce type de prise en charge est particulièrement chronophage. Par exemple, je prends en charge un patient psychotique qui est extrêmement angoissé et à qui j’ai donc donné mes coordonnées. Il peut me joindre tout le temps ce qui permet de l’apaiser ; de lui montrer que quelqu’un est là pour lui et de désamorcer bien des situations. Je ne dis pas que c’est la bonne façon de faire mais je l’ai senti comme ça. En effet, selon moi, le feeling et le ressenti ont toute leur place dans l’accompagnement de ces patients. Nous sommes avant tout des infirmiers, faisons confiance à notre instinct de professionnels de santé. Comme je les connais bien, je sais s’ils vont bien ou pas ou s’ils commencent à décompenser.
Dans ce cas, je préviens le CMP pour faire intervenir une visite à domicile. Dans ce genre de prise en charge, le lien ville-hôpital est plus que jamais essentiel: il faut être proactif et ne pas hésiter à contacter les autres acteurs. Je conseille également de se replonger dans la littérature concernant les pathologies de nos patients.
Les Idel se retrouvent souvent à devoir gérer ces moments de grande angoisse car si on ne le fait pas, le patient peut devenir un danger pour lui et pour les autres. En cela, nous avons un vrai rôle à jouer, y compris en termes d’alerte et de repérage des signes avant-coureurs.
En ce qui me concerne, je n’ai aucun souci en termes de sécurité mais j’entends très bien que certains puissent avoir peur. Et cela se comprend, notamment pour certaines de mes collègues femmes qui se retrouvent face à des patients qui font deux fois leur poids !
C’est pourquoi le dialogue au sein du cabinet est encore plus essentiel pour la prise en charge de ces patients: il faut connaître ses limites, savoir les poser et accepter celles de ses confrères. Dans mon équipe, par exemple, je suis un des seuls interlocuteurs disponibles quotidiennement car j’accepte ce rôle et cette responsabilité. Mais j’entends que d’autres ne partagent pas mon approche car c’est très énergivore.
Il faut également faire très attention à ce que l’on dit à propos et aux patients atteints de troubles psys y compris dans les médias.
Ces patients y sont en effet très sensibles et il faut prendre la mesure de l’impact de certains mots sur eux et sur les professionnels de santé qui les accompagnent. »

