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Une mission pour « mener des projets en lien avec la cicatrisation sur le territoire »

Article issu du magazine Avenir & Santé.

Infirmière libérale engagée pour la profession, implantée à Gravelines (59]. Anais Lemaire est référente plaies et cicatrisation au sein d’une CPTS dans le Nord. Une mission passionnante et stimulante qui nécessite, au demeurant, des aménagements personnels pour la mener à bien.

La CPTS Littoral en Nord a été créée durant l’épidémie de Covid-19 avec pour finalité première de gérer au mieux la pandémie. Une fois l’orage du coronavirus passé, sa raison sociale s’est logiquement étoffée. Anais Lemaire l’a rejointe en 2021. « Tout simplement parce qu’à mes yeux, l’image de l’infirmier libé-ral, seul dans sa voiture, qui effectue ses tournées est révolue, justifie-t-elle. Un Idel n’exerce plus dans son coin. il fait partie d’un réseau de collègues, voire pluriprofessionnel.

L’épisode du Covid a fortement contribué à faire évoluer les mentalités. Maintenant. nous savons nous parler quand nous nous croisons les uns les autres. Nous savons qui est qui et qui fait quoi. On échange davantage entre nous car nous avons collectivement conscience que nous sommes avant tout des professionnels de santé qui travaillons ensemble sur un territoire donné et non pas juste des Idel qui travaillons dans leur ville. »

À cet égard, la constitution de la CPTS «a conforté cette évolution et a facilité cette possibilité. poursuit Anais Lemaire. En ce qui me concerne, cela m’a permis d’échanger avec beaucoup d’autres professionnels de santé et de trouver davantage encore ma place en tant qu’infirmière.»

Approfondir de nouveaux champs de connaissance

Dans cette dynamique, la CPTS. qui compte aujourd’hui 385 membres et est classée de taille 4, a mis sur pied, au fil de l’eau, des groupes de travail dont un sur les plaies et la cicatrisation. Que l’intéressée a intégré en 2022 avant d’en être nommée référente, fin 2023, par la directrice de la CPTS au regard de son investissement sans faille. « Elle cherchait quelqu’un de motivé pour porter des projets, notamment devant la Cpam, ce qui est susceptible de donner droit à l’octroi de subventions conformément à l’accord ACI sur les CPTS», raconte Anais Lemaire qui a franchi le pas en toute connaissance de cause.

« J’ai décidé de m’engager d’abord parce qu’au quotidien, je faisais face à beaucoup de difficultés en ce qui concerne la prise en charge complète des plaies, explique-t-elle. Je me suis dit qu’il fallait impérativement faire quelque chose. Et j’avais envie d’apporter des idées. J’avais aussi la volonté de continuer d me former et d’acquérir des connaissances supplémentaires. L’attrait intellectuel est pour moi réel et essentiel avec la possibilité d’explorer et d’approfondir de nouveaux champs inhérents à la profession. C’est aussi pour cela qu’en 2023, j’ai passé un DIU plaies et cicatrisation qui m’a apporté beaucoup de compétences que j’ai souhaité mettre au service des patients ». Loin d’être rassasiée, l’Idel nordiste s’est récemment inscrite au DIU professionnalisation des parcours en plaies complexes, à la Sorbonne.


Répondre aux besoins de la population et du territoire

Au sein de la CPTS, elle conduit une équipe qui comprend une autre Idel ainsi qu’un pédicure-podologue. « Ma tâche consiste à mener des projets en lien avec la cicatrisation sur le territoire, détaille-t-elle. Le but est évidemment de répondre aux besoins de la population et du territoire. Ils peuvent être de nature très différente. Par exemple, la programmation de trois à quatre webinaires par an – les Webinord de la Cicat – à des fins de formation avec, à chaque fois, un thème différent à l’ordre du jour (ulcères, stomies, pied diabétique, plaies cancéreuses, bilan de plaie, escarres…) et l’intervention de professionnels de santé locaux.


De manière générale, le but est de partir d’un constat et d’une problématique à laquelle nous sommes confrontés en ville et d’y apporter des solutions. En particulier, le manque de communication entre les professionnels. À la suite de ces webinaires, nous avons mis en place, par exemple, le « Passeport stomie » qui est un outil de communication papier entre les stomathérapeutes hospitaliers et les Idel qui s’occupent de ce type de patients. Le bilan de plaie a, quant à lui, été retravaillé dans le dossier de soins afin de fournir aux Idel un support riche, efficace et complet pour développer ce nouvel acte qui valorise notre expertise infirmière. »

Créer des parcours patients en fonction du type de plaie

Autre piste dans les cartons : « S’il existe des comités ville-hôpital, aucun ne porte sur la cicatrisation. Nous sommes donc en train de créer une équipe de coordination sur ce sujet entre toutes les structures, aussi bien de l’hôpital que de la ville. L’objectif est que cela débouche sur une convention de partenariat pour créer une équipe mobile de cicatrisation susceptible d’effectuer des consultations à domicile pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer et, pour celles qui le peuvent, de les orienter vers les bons services comme celui de prise en charge des brûlures de l’hôpital maritime de Zuydcoote. L’ambition est de créer des parcours patients en fonction du type de plaie. »

Autre réussite avérée, la tenue, le 24 avril dernier, de DK’Cicat, le premier congrès axé sur la cicatrisation, programmé sur le littoral dunkerquois. « Cet événement de taille, qui répond au désir des professionnels de santé de se rencontrer sur cette thématique, me rend très fière et me donne envie de continuer. Une centaine d’entre eux, salariés comme libéraux, y ont participé. Ce genre de réalisation me conforte dans le fait que je ne fais pas tout ça pour rien tant cela a été extrêmement enrichissant », sourit Anais Lemaire. Au point que l’objectif est de pérenniser ce rendez-vous et que la deuxième édition se tienne au cours du premier semestre 2026.

Pas du bénévolat, plutôt du volontariat

Sur le plan personnel, cette mission pour le moins dense nécessite une organisation millimétrée. « En effet, j’assure ces activités en plus de mon métier d’infirmière libérale que j’exerce à plein temps, insiste-t-elle. Pour cela, j’ai organisé mon temps de travail en libéral en conséquence avec les deux autres associées de mon cabinet, lesquelles y trouvent aussi leur compte d’autant qu’elles sont mères de famille. L’objectif est de pouvoir me libérer au maximum. À cette fin, je travaille quinze heures dans une journée à raison de dix jours par mois sur le terrain. Et ce, sur le rythme suivant : les lundi, mardi, vendredi, samedi dimanche pendant une semaine : puis les mercredi et jeudi la suivante avant d’être de repos la semaine d’après. Cela me permet d’assumer différentes fonctions et d’assister aux réunions puisque je suis également secrétaire générale de la FNI 59, trésorière de l’Union régionale FNI Nord-Pas-de-Calais et élue ordinale. »

Quid de l’aspect pécuniaire ? « C’est évidemment un travail en plus pour lequel je ne suis pas rémunéré sauf ponctuellement, dans des cas précis comme la participation à des webinaires, répond Anais Lemaire. Mais il est évident que cela ne représente pas grand-chose au regard de mon investissement puisque cela me prend en moyenne au minimum quatre heures par semaine. Pour autant. je ne dirais pas que c’est du bénévolat mais. plutôt, du volontariat pour la profession. »